20 septembre 2007

Chabal, la mode du poil est de retour

Chabal. En quelques semaines, ce mot est passé de l’anonymat des terrains de rugby anglais aux paillettes des médias français, si bien qu’il est aujourd’hui sur toutes les lèvres de nos concitoyens. Tout le monde aujourd’hui connaît Sébastien Chabal, robuste 2ème ligne de l’Equipe de France de Rugby devenu la coqueluche de tous les « Rugbix » (Footix du ballon ovale)

Cartouche, Attila, Caveman, Hannibal Lecter, l’Anesthésiste, le Boucher, Jésus, Seabass, l’Animal…les surnoms ne manquent pas, et vous devez savoir aussi bien que moi que lorsqu’un sportif fait l’objet de tant de qualificatifs, c’est qu’il suscite la curiosité. Aussi incroyable que cela puisse paraître, la France se passionne soudainement pour un sportif, encore inconnu du grand public il y a 2 mois. Pas un footballeur non, ni un tennisman, encore moins une nageuse. Non, cette fois-ci, le nouveau chouchou des français est un rugbyman. Mais pourquoi un tel engouement soudain ?

Sébastien Chabal c’est avant tout 1m92 et 115 kg de muscles et de testostérone transpirante. C’est aussi un look de légionnaire avec une épaisse barbe brune couronnant de longs cheveux emmêlés. Au-delà d’un physique hors norme, Chabal incarne parfaitement l’image du gaulois chauvin, bourru et introverti que les français aiment aduler. Un tempérament bien trempé d’un homme qui n’hésite pas à envoyer balader un journaliste lui demandant s’il pouvait répondre à une question en Anglais. « We are in France, we speak French » de lui répondre dans un ton froid et sec la nouvelle idole de la France de l’Ovalie. Une image qui colle parfaitement aux attentes de notre belle France profonde. Les hommes sont dépassés par ces footballeurs mercenaires trop payés et sans amour pour leur patrie (« Ils ne chantent même pas la Marseillaise ces enfants gâtés »…). Les femmes semblent blasées des footeux metrosexuels qui s’épilent les jambes et dont le look est trop propre pour être viril. Avec Chabal, c’est tout le contraire. Un mâle, un prédateur, un homme des bois rassurant qui incarne les valeurs franchouillardes, sorte de Vercingétorix, vaillant et combattant, n’hésitant pas à envoyer balader ces salauds d‘Anglais.

Mais Sébastien Chabal c’est aussi un joueur puissant, spectaculaire, un phénomène physique dont les essais et plaquages résultent avant tout du spectacle pour ne pas dire du numéro de cirque. Le stade se transforme alors en une véritable arène adulant son gladiateur au combat. Car le cas Chabal est une aubaine médiatique. Ce personnage charismatique fut très rapidement caricaturé, notamment par les incontournables Guignols de l’Info, qui voient en lui un moyen rapide et efficace de symboliser le rugby français. Mais justement, tout cela semble trop beau pour être naturel. Et si la sélection de Chabal pour la Coupe du Monde ne résultait pas avant tout à un coup de pub visant à attirer les masses populaires vers un sport en quête de reconnaissance médiatique, qu’on ne cesse de nous vendre comme  modèle d’intégration et d’éducation pour notre jeunesse (« Au rugby on casse la gueule de son adversaire pendant le match avant d’aller boire un coup avec lui dans la 3ème mi-temps » nous rabâche-t-on sans cesse). A l’heure où notre douce France accueil SA coupe du Monde de Rugby, l’occasion était idéale pour sortir du chapeau un nouveau Zinedine Zidane, capable de fédérer, autour de lui seul, une nation ne demandant qu’à vibrer une fois de plus après les périples des « Bleus ».

Car jusqu'à présent, l’Equipe de France de Rugby se résumait à quinze anonymes au look convenu et aux sorties médiatiques bien sages. Dominici, Michalak, Poitrenaud : ces noms nous disent vaguement quelque chose, mais impossible pour 90% des français de mettre un visage dessus. De ce point de vue, Chabal innove. Son image séduit, à l’instar du footballeur Djibril Cissé, plus connu pour son look branché et ses frasques extra sportives que pour ses performances sportives.

Mais attention, n’allons pas trop vite en besogne. Je n’ai jamais dit que Sébastien Chabal n’était qu’une bête de foire sortie par TF1 pour attirer les téléspectateurs et mieux vendre sa coupe du monde payée 80 millions d’euros (en réalité, TF1 acquiert les droits des deux prochaines Coupe du Monde. Celle là et celle de 2011 en Nouvelle-Zélande). Non, du point de vue des spécialistes, Chabal est un bon joueur. Initialement 3ème ligne, il semble trouver dans le XV de Bernard Laporte une seconde jeunesse au poste de 2ème ligne. Mais s’il ne peut aujourd’hui pas prétendre à une place de titulaire régulier dans le XV de France, il n’en demeure pas moins un joueur précieux capable de planter l’ultime coup de poignard dans une défense en entrant en fin de match. Mieux, son image médiatique contribue à intimider ses adversaires. Alors lorsque le Stade de France, dans un soudain silence s’écrit tout à coup « Hum hum hum hum » avant que l’artiste entre en jeu, le visage figé et la mine des mauvais jours, soyez certain que l’adversaire n’en mène pas large.

Et si Sébastien Chabal était la première superstar de l’histoire du rugby français, la première idole entièrement fabriquée par l’industrie médiatique ?

Pour ma part je le pense vraiment, et il est donc fort à parier que le Chabal de demain sera un produit de consommation comme l’ont été avant lui ces collègues footballeurs. Nous le verrons sans doutes très prochainement à la télévision dans des spots publicitaires pour une compagnie d’assurance, un équipementier sportif ou un célèbre fast foot américain. Carine Rossigneux, son agent, confiait récemment qu’ils étaient sur « cinq beaux contrats [...]. Deux produits agroalimentaires, une marque de voitures, un parfum et un produit décalé. On est en contact avec la Vache qui rit, Kellog's et Cadbury (NDLR : Carambar, Finger...)… Les négociations financières n’ont pas débuté, mais, pour une campagne de publicité nationale à la télévision, on demande 200 000 euros. Je pense qu’on signera des contrats à l’issue de la Coupe du monde. » Mieux, si l’intéressé parvient à signer au Stade Français, seul club français à ce jour à briller sur la scène médiatique par d’ambitieuses campagnes de promotion (maillots roses à fleurs, calendriers érotiques, shows à l’américaine pour les rencontres de gala au Stade de France ou au Parc des Princes…), il est certain que Chabal aura enfin…son « Chabal Burger » chez Quick, envoyant ainsi, son collègue Michalak se laisser pousser les cheveux et la barbe.

chabal0  chabal1

Avant-Après : La "Chabalmania" ne tiendrait-elle qu'à une histoire de poils ? L'engouement serait-il le même avec un look plus convenu de rugbyman lambda?

Posté par maxime1984 à 11:11 - - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur Chabal, la mode du poil est de retour

    Bonne route !

    Un de plus, c'est vrai...

    Mais quelle chance pour les internautes d'avoir la possibilité de lire ton phrasé digne d'un journaliste en herbe !

    Et qui plus est, pas n'importe lequel ! Puisque Monsieur est supporter du PSG, donc encore plus de respect...

    Le but n'étant pas d'écrire un roman, mais d'y laisser une trace soudaine, je te souhaite de réaliser tes rêves et de nous les faire partager à travers la toile...

    Car le plus beau bonheur n'est ce pas de voir son entourage des plus heureux ?

    Good luck !

    Nyto des Titis du PSG

    Posté par Nyto des Titis, 20 septembre 2007 à 12:17 | | Répondre
Nouveau commentaire