24 octobre 2007

Comment être proche du lecteur ?

Dans le cadre de mon Master Communication Journalisme d'entreprise, j'ai du analyser la proximité affective d’un article choisi selon ce critère. L’idée est de comprendre par quel procédé le journaliste va progressivement instaurer une relation de proximité avec le lecteur pour que ce dernier le lise jusqu’à la fin et ne le zappe pas. Ce procédé permet ainsi de rendre intéressant un sujet au premier abord assez barbant. Voici le fruit de mon travail à partir d’un petit papier trouvé sur Liberation.fr

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Vous

Ces petits pas hors la loi

Plaisirs. Mensonges, larcins, triche au quotidien

EMMANUÈLE PEYRET 

QUOTIDIEN : mercredi 24 octobre 2007

Les gens ne respectent rien. Les gens sont vraiment malhonnêtes. Incroyable, vraiment, tous ces cas de petites transgressions quotidiennes ou infractions à la loi, pas bien graves, mais enfin pour certains il s’agit quand même limite de vols (disons menus larcins), voire d’actes délinquants (disons petite délinquance).

Piquer un journal au kiosque, brûler un feu la nuit, bouffer les bonbons à même le sachet dans le magasin, rajouter une tomate dans le sac après l’avoir pesé. C’est mal, c’est mal, mais c’est si bon de transgresser. Libérateur même dans nos sociétés ultra policées où trop de règlements tuent le règlement… Autrement dit, se mettre hors normes plutôt que hors la loi, voilà bien un petit luxe dont il serait dommage de se priver. De petits écarts qu’on justifie parfois comme Franck, 34 ans et un bon salaire d’ingénieur, d’un «c’est trop cher, c’est pas normal, je reprends au grand capital ce qu’il me vole». Tout ça pour rendre acceptable ses misérables téléchargements musicaux sur le Net. On parle militantisme aussi, quand on n’applique pas le code de la route à vélo, citoyenneté aussi pendant qu’on y est et qu’on refuse de payer sa redevance. Voire résistance, n’ayons pas peur des mots, en déchirant en loucedé ses contraventions.

Après tout, les enfants le font bien, eux aussi, transgresser les interdits. Surtout quand la sanction est disproportionnée (amende, police, plainte, courriers désagréables). D’ailleurs, à propos d’enfants, les gens malhonnêtes sont partout : l’auteure de ces lignes doit bien confesser un coupable penchant à piquer des trucs au Monop’ en les glissant dans la petite main innocente d’un enfant, ou en les posant sur la poussette. Imparable si on se fait piquer, il n’y a plus qu’à gueuler sur le morveux et se lamenter sur la précocité des prédélinquants de 3 ans.

Source : www.liberation.fr/vous/286966.FR.php

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Dans cet article adapté au site internet Liberation.fr la proximité affective avec le lecteur se veut le l’objet principal, le centre de l’argumentation de l’auteure. Déjà par le nom de la rubrique « Vous » qui fait directement appel à une proximité presque intime avec le lecteur. Ce « Vous » laisse penser que le journaliste connaît parfaitement la personne qui le lit en mettant le doigt sur des petits éléments de la vie quotidienne communs à chacun.

Le titre ensuite. Il fait apparaître une gradation ascendante de péchés de plus en plus graves. (Le plaisir, puis le mensonge, puis le larcin et enfin la triche). Le titre se veut général et fait apparaître un élément temporel. « Au quotidien » qui sous-entend au lecteur que ces vices sont monnaie courante, chaque jour. Une sorte de fil rouge qui renforce encore la proximité avec le lecteur.

Le corps de l’article se veut lui aussi proche du lecteur. Il fait apparaître un témoignage d’un homme banal, un anonyme que l’on pourrait croiser tous les jours et auquel il est facile de s’identifier. Ce citoyen lambda bien sous tout rapport et relativement haut placé socialement - « bon salaire d’ingénieur » - va révéler un visage plus obscur en avouant s’adonner à quelques larcins. Sa déclaration se veut contestataire malgré son relatif confort de vie. Il vole, triche et ment pour répondre au « grand capital ». Une façon de réveiller en chaque lecteur la part enfouie de révolte contre une société de plus en plus impersonnelle. C’est l’idée du « nous contre eux » que veut faire apparaître l’auteure dans cet article mais aussi la thèse du « monsieur tout le monde se révolte tel un adolescent ». Ces éléments renforcent là encore l’idée de proximité affective avec lecteur.

Le capitalisme est ici vu comme une sorte d’establishment impersonnel et global. Lorsqu’elle parle de « sociétés ultra policées où trop de règlements tuent le règlement », l’auteure fait là encore appel aux ressentiments les plus intimes du lecteur, ceux d’un raz le bol collectif d’une population dépassée par l’encadrement juridique à outrance de la vie privée d’une autorité qui se veut de plus en plus répressive et intolérante. Elle reprend ici la célèbre phrase de l’économiste Arthur Laffer « trop d’impôt tue l’impôt » en l’adaptant à l’aspect juridique de la vie privée.

L’auteure va presque jusqu’à rendre le vol et le mensonge comme une mode tendance chez les « bobos » parisiens. Une façon là encore de se rapprocher un peu plus du lecteur, toujours à l’affût des tendances de la vie parisienne.

L’article se termine enfin par un rapprochement humoristique de ce comportement malhonnête à celui d’un enfant. L’idée du « après tout, si les enfants le font, pourquoi pas nous » est central en cette fin d’article. Là encore, la proximité affective rend le lecteur plus réceptif au message, surtout lorsqu’il s’agit de rapprocher ce comportement à celui d’un enfant, innocent et naïf. Une sorte d’échappatoire à une vie trop triste et sérieuse.

Pour conclure, ce petit article d’apparence creux et basé sur du vent va très vite se révéler être proche du lecteur, lui apportant un moment de divertissement en abordant des éléments intimes mais finalement communs à tous. Là est la recette d’un bon article de proximité affective, trouver des lieux communs à tous qui permettent au lecteur de rapidement s’identifier et donc de ne pas décrocher après quelques phrases lues.

Posté par maxime1984 à 10:28 - - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur Comment être proche du lecteur ?

    Afffffectif!

    Coucou!
    Et bien apres lecture de ta synthèse.
    Je pense que tu réponds à l'exercice, même si tu le fais en analysant l'article.
    La demande était assez large, je pense qu'il va avoir droit à des traités différents.
    On verra bien Lundi, suspens!
    Bon Weekend!

    Posté par Marine, 24 octobre 2007 à 21:13 | | Répondre
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