03 novembre 2007

« Ya pu d’saisons ma pôv dame ! »

C’est en voyant fleurir les premières publicités de jouets à la télévision que l’idée d’écrire ce papier m’est venue. Donc ça y est, nous y sommes. Noël, c’est parti pour un Marathon qui commence presque deux mois avant la date officielle de remise des cadeaux au pied du sapin. Le consumérisme à outrance fait son retour sur nos écrans, et très prochainement dans nos rues et sur les façades de nos maisons. Car bientôt refleuriront les désormais traditionnelles guirlandes électriques scintillantes ou encore les mannequins de « Père Noël pendu » accrochés aux cheminées. Certains adorent, en raffolent. Pour ma part, je déteste. Je déteste par-dessus tout cette manie franco-française de vouloir rendre sa maison la plus belle et la plus lumineuse du quartier en cédant aux derniers produits de consommation des grandes surfaces elles aussi décorées pour l’occasion.

Nous sommes le 3 novembre, sitôt les monstres et citrouilles d’Halloween rangés au placard, nous ne pouvons nous empêcher de ressortir du même placard poussiéreux la panoplie de Noël et les fameuses guirlandes électriques qui ne fonctionnent plus pour la moitié d’entre elles. « Cette année on a décidé de faire fort et de gagner la bouteille de Champagne promise par la mairie du village au grand vainqueur du concours de la plus belle maison » lance le mari, tout excité de pouvoir remonter sur le toit du pavillon afin d’y installer le fameux mannequin en plastique du père Noël pendu à la cheminé. Pour frapper un grand coup et impressionner tout le voisinage, il convient d’y mettre du porte-monnaie à défaut d’y mettre de l’originalité. Direction le centre commercial le plus proche à la conquête de la dernière guirlande scintillante sifflant « Jingle Bells » à tue-tête toute la nuit. « 75€ la guirlande ? Peu importe, si on veut vraiment gagner la bouteille de Champagne du concours, il faut mettre les moyens de nos ambitions ». Désormais, les enfants ne sont plus incités à faire les décorations de Noël par eux même. Ils ne participent plus à cette grande fête dont ils sont pourtant les cibles. Non, maintenant on achète du prêt-à-accrocher, aussi bien pour l’arbre en plastique qui remplace le vrai sapin que pour les fenêtres que l’ont décorait autrefois de pochoirs avec de la bombe à neige.

Mais pourquoi que diable débuter la célébration de la naissance du Christ près de deux mois avant sa date officielle ?  Je pense que comme moi vous avez votre petite idée sur la question. La volonté toujours plus grande de nous faire consommer pousse les grandes enseignes à débuter leur catalogue de Noël deux mois à l’avance. Un véritable business dans lequel tout le monde trouve son compte, à commencer par les « marchés de Noël » qui se multiplient chaque année dans toutes les villes et villages français. Avant, il fallait se rendre en Alsace pour goûter du pain d’épice et céder aux produits estampillés du gros barbu au bonnet rouge. Désormais, chaque ville moyenne possède son propre marché de Noël. Un marché qui n’a d’ailleurs plus rien de Noël tant la gamme de produits proposée se diversifie chaque année. Aujourd’hui, Noël n’est plus qu’un moyen parmi tant d’autres pour faire de l’argent en utilisant la tradition.

Mais cet appât du gain toujours plus grand possède aussi son lot de déconvenues. En planifiant Noël le 3 novembre, l’épiphanie à Noël, Pâques mi-mars, les vacances d’été début mai et la rentrée des classes au mois de juillet (si si, je vous jure, j’ai moi-même placé les fournitures scolaires dans un supermarché en plein mois de juillet), les grandes enseignes contribuent à raccourcir encore plus notre perception du temps. Le consommateur est contraint et forcé de se projeter – financièrement - dans un avenir que l’on nous présente comme proche mais qui ne l’est finalement pas tant que cela.

Vous avez bien une grand-mère ou un grand oncle qui vous a déjà gratifié d’un « Oh la la, on est déjà à Noël, je l’ai pas vu passer cette année 2007 moi ! ». Cette réaction commune à tous est l’illustration parfaite d’une société de consommation à la recherche du profit et basée sur la récupération financière d’événements saisonniers et de fêtes populaires ou religieuses. Et cette manie de mettre Noël dès le 3 novembre va sans doute contribuer - comme il l’a contribué pour moi - à dégouter certains irréductibles de cette période trop longue de fête fictive.

Pere_Noel1

Posté par maxime1984 à 13:13 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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