15 février 2008

OM/PSG: I have a dream

Dimanche 17 février 2008. Il est bientôt 20h45, le stade Vélodrome de Marseille entre en ébullition. Toute la cité phocéenne est mobilisée pour ce qui s’annonce être la mise à mort du « Péhèssegé » (aussi appelé PdSG) par l’Ohèmeuh. Un match à guichets fermés qui sent la poudre. Face au club parisien, fade, morose, sans animation offensive, sans caractère et sans révolte, le grand OM. Celui du nouveau futur Zidane, le petit Mathieu Valbuena et de Djibril Cissé, propulsés superstars par des médias qui refont du club phocéen le nouveau futur dauphin de l’OL.

Il faut dire que les hommes d’Éric Gerets sont actuellement en pleine forme. Tenez, mercredi par exemple. Le club au maillot blanc, déguisé pour les matches de gala en agent DDE, a étrillé une pâle équipe du Spartak Moscou en pleine trêve hivernale. Après cette performance de haut vol, conjuguée à une série de victoires en championnat, comment ne pas voir en cet OM-PSG une corrida prolifique qui aura pour effet d’entrainer le club parisien dans une crise sportive inéluctable qui se matérialisera après la rencontre par une place de reléguable ?

Rares sont aujourd’hui les supporters parisiens optimistes quant à l’issue de cette rencontre. Moi-même j’ai du mal à imaginer les Chantôme, Clément ou Camara serrer les dents, fermer les points, mettre la semelle d’entrée sur Lorik Cana et se révolter afin d’aller chercher les trois points comme un gladiateur égorgerait son adversaire sans ménagement. Mentalement, médiatiquement, sportivement et physiquement ce match semble déjà plié avant même d’être joué. Alors, amis supporters parisiens, pour vous donner un peu de baume au cœur voici le film du match tel que je l’imagine. Fermez les yeux et laissez vous porter...

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Une fois n’est pas coutume, le bus parisien est caillassé à son arrivée en région PACA. Une horde de supporters marseillais assoiffés mais "sans haine, ni entêtement borné" dixit Diouf, accueillant leur adversaire du soir le majeur tendu. Ce qui aurait dû semer un esprit de revolte dasn les troupes parisiennes est accueilli avec l'indifférence la plus totale. C'est à peine si Amara Diané ôte de ses oreilles son casque Dolby Surrond infrarouge pour constater que la vitre arrière du bus est criblée de trous et que dehors c'est la révolution.

Tant bien que mal, le bus parisien parvient à rejoindre le Vélodrome. A leur descente, les franciliens apprennent que leur vestiaire n’est pas encore prêt et doivent se résoudre à attendre sagement dans le hall d’entrée en plein courant d’air. Une situation qui semble agacer Paul Le Guen mais pas les joueurs trop occupés, l’oreille vissée à leur téléphone qu’ils placent en prime sur l’écouteur de leur iPod.

Trente minutes plus tard, les franciliens élisent domicile dans leur vestiaire dont s’échappe une forte odeur d’ammoniaque aux pins des Landes. Qu’importe. Les joueurs se changent illico presto et partent à l’échauffement sous une bronca rarement égalée au Vélodrome. Puis l’ambiance bascule tout à coup dans l’euphorie générale. Les joueurs marseillais avec leur nouvelle coqueluche Mathieu Valbuena en tête pénètrent sur le terrain. Les « Paris, Paris, on t’enc*** » fleurissent de toute part. Sur Canal + on se félicite de ce classico à l’ambiance inégalée en France. La team de la chaine cryptée est d’ailleurs revue à la hausse pour ce « Très grand match » entre l’ex futur dauphin présumé de l’OL et le PSG, club critiqué mais dont la côte de popularité reste pourtant intacte.

Le coup d’envoi est imminent. Dans le couloir, Jérôme Alonzo rigole bêtement aux blagues de Paganelli. L’ambiance est tendue. « Jump » de Van Halen résonne dans l’arène. C’est le moment magique où les 22 acteurs vêtus de blanc et de rouge et bleu pénètrent sur la pelouse en se signant. Autour du terrain, les fumigènes interdits par la LFP sont craqués à tour de bras et mêlent leur couleur orangeâtre aux tifos gigantesques des deux virages. Côté parisien, le tendu d’écharpes est sublime. Quoi qu’on en dise, en tribune, ces PSG-OM n’ont rien à envier à leurs prédécesseurs des années 90.

20h55 : Bertrand Layec donne le coup d’envoi dans une ambiance survoltée. Aux « Aux armes » qui s’échappent de la sono à Tonini dans le virage Nord répondent des « popopopopopo » chez les South Winners. Tout de suite, les marseillais mettent la pression sur les buts de Mickael Landreau, et il s’en faut de peu pour que Djibril Cissé ne trouve le chemin des filets de la tête, dès la 2ème minute suite à un bon centre de Mathieu Valbuena qui avait éliminé trois parisiens côté droit.

La supériorité psychologique marseillaise sur son hôte du soir est incontestable. Le PSG prend l’eau et peine à tenir la barre sous les coups de butoir d’une attaque olympienne comme à son habitude irrésistible. Ca attaque dans tous les sens. Le jeune Nasri qui crochète ou le petit Valbuena qui percute. Le sénégalais Niang qui harcèle la défense ou le DJ-Ibril Cissé…qui vendange.

Devant son petit écran, la France du foot est en extase, persuadée que la première banderille va bientôt être plantée dans le dos de la bête déjà blessée. Une première banderille qui devrait logiquement être suivie de deux ou trois autres se dit-on dans les chaumières. Rien qu’à y penser, cet OM-PSG donne l’eau à la bouche.

De leur côté, les supporters parisiens pestent une fois de plus contre un arbitrage « Vélodrome » qu’ils sont les seuls à remarquer. Car sur Canal + on s’astique le manche ! L’équipe de commentateurs composée de fins techniciens à l’accent chantant les cigales n’a de cesse de s’enthousiasmer sur ce poison de Valbuena, aux portes de l’Equipe de France ou sur ce diable de Mandanda dont le moindre dégagement de 6 mètres est décrypté par la palette à « Doudouce » comme étant l’un des plus purs qu’il puisse exister.

A la 32ème minute, la domination marseillaise est à son paroxysme. Le PSG ne sort plus la tête de l’eau. Il y a bien eu une belle frappe trop enlevée de Rothen à la 15 ème ou une aile de pigeon de Souza quelques minutes plus tard, mais rien de bien dangereux. Le club parisien n’a pas encore tiré au but mais Mandanda est déjà, de l’avis de tous, encore auteur d’un grand match (il est « énoooorme » comme on dit la bas). De son côté, Landreau enchaine les arrêts miraculeux sans que cela ne soit relevé par les mêmes commentateurs. La maladresse de Cissé ou le Mistral viennent expliquer la bonne forme inhabituelle du gardien parisien..

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« Vous les arbitres, vous n'êtes tous que de "grosses patates" »

Sur une énième offensive, Nasri s’enfonce dans la surface côté gauche, le tacle de Cearà fait mouche, propre et impeccable. Malgré les 15 ralentis qui suivent pour démontrer par A+B que le brésilien effleure la cheville déjà très fragile du jeune minot, l’arbitre ne bronche pas. Car il faut dire que ce tacla sera fort d’incidence sur la suite des événements. Non seulement l’OM est ici privé de ce que l’on qualifiera le lendemain dans la presse d’un « penalty indiscutable pour un OM une fois de plus volé par l’arbitrage », mais en plus, sur la contre attaque, Souza élimine deux marseillais côté droit avant de transmettre à Diané qui trompe Mandanda d’un plat du pied dans un silence de cathédrale.

Malgré les assauts marseillais qui s’en suivent, le PSG ferme boutique. Le Guen remplace Luyindula, Souza puis Diané par Bourillon, Mendy et Everton. Le match se ferme et se résume à un ramassis d’approximations techniques comme seule notre Ligue 1 à 668M€ sait nous en offrir. Les commentateurs hurlent au scandale d’un PSG qui refuse le jeu. Mais malgré une farouche volonté de conserver le score, la pression phocéenne se fera de plus en plus forte et se verra récompensée lorsqu’à la 94ème minute, monsieur Layec siffle un penalty pour un tirage de maillot de Yepes sur Cissé suite à un corner.

Le stade entre en ébullition. Les joueurs parisiens scandalisés encerclent l’homme en noir le doigt tendu vers son œil à quelques centimètres de son visage. Sûr de son coup de sifflet, et conforté par son assistant, Layec ne se démonte pas et expulse Jérôme Rothen coupable d’avoir prononcé le mot de trop. (Le journal Le Parisien révélera le lendemain que l’insulte prononcée était « grosse patate ». Cette insulte aussi incongrue qu’innovante aurait été lâché la bouche serrée par le milieu gauche qui écopera plus tard de 12 matches de suspension pour l’exemple. Une application stricte d’une nouvelle directive visant à « protéger l’intégrité physique de l’agent administratif de couleur noir » dixit Veissière lequel ne peut qu’approuver la décision de son ex-confrère). Contre toute attente, c’est Djibril Cissé, maladroit ce soir qui arrache le cuire des petites mains de Valbuena. Avec sa moue légendaire il place le ballon sur le point blanc, prend son élan, marque un temps d’arrêt et s’élance. Le public retient son souffle et Christophe Josse hurle Cisséééééééééé !….L’international français frappe à droite, en force. Landreau est sur la trajectoire mais ne peut bloquer le cuire. Le portier parisien parvient tout de même à détourner suffisamment le tir qui s’échoue sur le poteau. Les défenseurs parisiens, Yepes en tête sont sur la trajectoire et envoient le ballon dans la tribune Ganay. Sur ce fait de jeu, Monsieur Layec siffle la fin du match.

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Dans le tunnel dépliable qui mène aux vestiaires, Laurent Paganelli adopte un ton étrangement solennel. Fini la rigolade et les blagues potaches. Il interroge Sylvain Armand pour le métier avant de se retirer la queue entre ses courtes jambes. Le latéral gauche parisien conclut par un « non, mais je pense que ce soir on était bien regroupé tactiquement. On a pris les trois points, c’est le principal. Maintenant on prend les matches les uns après les autres sans réfléchir ». Canal rend l’antenne après quelques courtes minutes dans le vestiaire parisien au contact de la joie du vainqueur, de la sueur des athlètes faisant de la buée sur la caméra et dont l’odeur camoufle l’ammoniaque au pin des Landes. Le tout sous une pluie d’eau minérale lancée par Jérôme Alonzo, torse nu, qui fait virevolter sa bouteille autour de la table. Par un gros plan final sur fond vert, on découvre les mines décomposées des « consultants techniques », Sauzée, Dugarry et Christophe Josse en tête dont la mise en transition avec l’Equipe du Dimanche parait bien fade.

Inutile de décrire l’avis général de la presse sportive le lendemain matin. « Hold Up » titre l’Equipe qui démontre par des avis d’experts que le jeu pratiqué par les hommes de Paul Le Guen est une atteinte dangereuse au football français et au spectacle. Les marseillais, nettement supérieurs dans tous les compartiments de jeu ont néanmoins semblés émoussés par leur grosse performance de mercredi.

Pour ma part, je suis heureux. Il est bientôt minuit et je n’arrive pas à effacer ce sourire béat de mon visage en regardant pour la douzième fois sur Dailymotion le penalty manqué par Cissé… Je suis ivre de bonheur. Une joie intense qui rappelle étrangement celle que nous autres supporters du Paris Saint-Germain avons pu vivre un certain 29 avril 2006. Mais tout ceci n’est qu’un rêve…ou pas ?

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Posté par maxime1984 à 15:19 - - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur OM/PSG: I have a dream

    Snif!Snif!....

    Mon cher ami,

    Dommage que le jeu du PSG ne soit pas à la hauteur de cet excellent article. Je ne te ferai pas d'attaques par respect pour notre amitié et je me doute de ta peine en ces temps "tristinhiesque" pour le PSG. Continu à garder le moral et à nous faire part ton style d'écriture qui je l'espère un jour sera celui d'un grand journaliste... Je t'embrasse et j'espère à très bientôt.

    Posté par Benj, 18 février 2008 à 12:47 | | Répondre
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